16 mai 2017 Stéphane Chotard 0Comment Temps de lecture : 3 minutes

Snapchat connaît des débuts en bourse bien difficiles. L’entreprise pourrait subir le même sort funeste que Twitter qui a vu son cours dégringoler de 53 % depuis son IPO le 8 novembre 2013.

C’était la première fois le 10 mai dernier que Snap Inc publiait ses résultats trimetriels depuis son entrée en bourse le 3 mars. Les investisseurs ont été franchement déçus. Le chiffre d’affaires frôle les 150 millions de dollars sur le premier trimestre, résultat en deçà des prévisions des analystes. Snap est en perte nette de 2.21 milliards de dollars. Cela s’explique par le versement de rémunération en actions au moment de l’IPO. Qu’à cela ne tienne, le cours chute brutalement de 20% sous les 18$.

Snapchat : cours de bourse

Depuis son introduction en bourse à 24$, le titre a perdu 26%. En général, la première année de cotation est souvent chaotique, car les investisseurs manquent de repères et comparables. Mais certaines entreprises s’en sortent mieux que d’autres, dès la première année à l’image de GoDaddy. Le plus grand gestionnaire de nom de domaine au monde est en hausse de presque 50% depuis sont introduction.

Voici les différents facteurs qui expliquent un parcours si compliqué pour Snap.

Snap manque de croissance

Ce qui compte dans les startups du numérique, c’est le nombre d’utilisateurs actifs quotidiens (le DAU : Daily Active Users) et leur croissance. Car c’est le garant d’une croissance des revenus par un effet taille.

Chez Snap, cet indicateur clé est à 166 millions sur le premier trimestre 2017, en hausse de 5% par rapport au dernier trimestre 2016. Ce ralentissement de la progression ne rassure pas du tout les investisseurs, car cela ne démontre pas seulement une faiblesse temporaire mais potentiellement une remise en cause de la pérennité de l’entreprise dans l’avenir.

Snap fait face à une compétition virulente

Facebook a “copié “ Snap en intégrant le concept de la vidéo verticale éphémère au sein de sa suite d’applications. Les vignettes sont ainsi apparues dans l’ordre sur : Instagram, Messenger puis Facebook.

Instagram fédère plus de 200 millions d’utilisateurs quotidien… seulement avec ses stories. Instagram est considéré comme plus facile d’utilisation et mieux adapté aux personnes faisant du business avec leurs réseaux sociaux. Il y a davantage d’utilisateurs des stories d’Instagram que sur Snapchat. Et les influenceurs préfèrent la simplicité d’utilisation et le “sérieux” qui ressort d’Instagram. Snapchat restant plus assimilé à un espace d’expression privé.

J’avais trouvé très intéressant cet article publié sur medium fin février 2017 et qui montrait très clairement le shift qui s’opérait déjà chez les utilisateurs américains.

Snap a des problèmes de management

Il est vrai que la créativité des fondateurs pour trouver sans cesse de nouvelles et meilleures façons de répondre aux besoins du public est un critère important à surveiller. Mais une fois le cap de l’entrée en bourse passé, c’est surtout la rentabilité qui compte. Et les qualités de communication des dirigeants.

Lorsque les résultats ne sont pas mirobolants, les PDG expérimentés mettent l’accent sur les aspects positifs et liés au potentiel de leurs entreprises. Lors de son interview télévisée le mercredi dernier, le fondateur de Snap, Evan Spiegel, a fait preuve d’une certaine prétention. Il s’est d’ailleurs fait remettre à sa place par un journaliste réputée à Wall Street, Jim Cramer qui a dénoncé son amateurisme …

Evan Spiegel fait donc face à la réalité des marchés financiers et des attentes réelles des investisseurs. Il n’est plus possible de valoriser des milliards de dollars des techs non rentables sur le seul critère du nombre d’utilisateurs. Facebook l’a bien compris et voit ses recettes publicitaires s’envoler au même titre que son cours de bourse.

Que nous réserve Snap pour la suite ?

L’entreprise devrait stratégiquement se démarquer du segment réseau social et se concentrer sur du hardware. Evan Spiegel a entamé ce virage en lançant Spectacles, ces lunettes intégrant une mini caméra. Ce segment des cameras encore peu présent au quotidien tente de faire écho à la réalité virtuelle en plein essor. Sur la page investisseurs, l’entreprise se définit comme une “camera company”, pas un réseau social et encore moins une simple application.

L’entreprise va se démarquer également grâce au lancement à venir d’une série d’outils de création et de gestion publicitaire à destination des entreprises de taille moyenne. Les marques pourront ainsi acheter, gérer et optimiser leurs campagnes publicitaires au sein d’une plateforme et d’une application mobile.

Snapchat tente de rentabiliser son application par tous les canaux possibles. Notamment en attirant les millenials toujours en quète de personnalisation. Ainsi, les on-demand geofilters (disponibles en Europe depuis peu), permettent aux utilisateurs de créer leurs propres filtres à partir de templates personnalisables.

Même s’il y a des raisons d’être sceptiques pour l’instant au vu des derniers résultats, le petit fantôme n’a pas encore dit son dernier mot.

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