16 novembre 2017 Stéphane Chotard 0Comment Temps de lecture : 6 minutes

Dans ma quête sur la compréhension de la finance au quotidien, il y a 1 mois j’ai rencontré des personnes fort sympathiques au 25 rue de Lausanne à Strasbourg. Je me suis rendu chez Crésus, et je peux vous dire que pour redonner du sens à la finance, ils ont de gros projets en cours, du très lourd.

Qu’est ce que c’est Crésus ?

Quelqu’un qui a beaucoup d’argent ? Vous connaissez tous l’expression “être riche comme crésus”. C’était le dernier roi de Lydie (clin d’oeil à l’application Lydia) qui devait sa légendaire fortune au trafic commercial et au fleuve Pactole ainsi qu’aux mines d’or de son royaume. On peut dire qu’il est le premier milliardaire connu. Pactole était un fleuve de Lydie charriant des sables aurifères (chargés d’or). Du coup, tu comprends aussi maintenant d’où vient l’expression “toucher le pactole”.

Bref, c’est sympa d’apprendre ces anecdotes mais c’est pas seulement ça Crésus. C’est bien plus. En fait, il s’agit surtout de la Chambre RÉgionale du SUrendettement Social. Et ce réseau d’associations à but non lucratif est né en Alsace en 1992. Jean-Louis Kiehl en est l’actuel président, depuis maintenant 17 ans. Sa mission principale, qui est également celle des 530 bénévoles que comptent le réseau en France, est d’apporter un soutien aux personnes en situation de fragilité économique. Les 3 défis majeurs à relever sont les suivants :

  • l’isolement des surendettés : on n’ose pas en parler, on se sent coupable, on a honte
  • le problème de la détection des personnes en difficulté : on le crie pas sur les toits
  • toute cette dette qui part en fumée et qui n’est pas réutilisée dans l’économie française.

La gestion du budget : tous concernés

Quand on voit qu’il y a encore tant de français qui commencent le mois en n’ayant même pas de quoi payer leur loyer, on se dit qu’il y a quelque chose qui cloche. D’où ça vient ? Comment expliquer que l’on en vienne à des situations aussi difficiles ? Le sujet est complexe. Les circonstances qui amènent à une situation de surendettement sont multiples :

  • la société de consommation nous pousse malgré nous à consommer toujours plus, et bien souvent au dessus de nos moyens
  • les aléas de la vie : chômage, divorce, maladie ; tout le monde peut un jour être concerné par le surendettement
  • certains acteurs financiers profitent des difficultés des particuliers pour continuer à faire des profits (heureusement, les évolutions réglementaires vont dans le bon sens et apportent davantage de protection)
  • un manque de connaissance sur les finances personnelles (nous sommes les derniers en Europe dans un classement récent en matière de culture financière). Bouh !

L’éducation financière, une priorité nationale

Et justement, Crésus a fait de l’éducation financière un de ses combats prioritaires. Et ils ont bien raison, cela fait partie intégrante de la solution. La connaissance c’est le remède en fait. Quand on comprend mieux comment les choses fonctionnent, on est plus à même de prendre les bonnes décisions.

La bonne idée qu’ils ont eu chez Crésus, c’est d’allier l’utile à l’agréable, de faire apprendre en s’amusant. C’est comme cela qu’est né leur jeu de société éducatif qui s’appelle Dilemme. C’est Gérald qui me l’a présenté dans les locaux strasbourgeois. Je vous en reparlerai bientôt dans un article dédié car il y a pas mal de choses à dire sur une telle initiative.

Crédit Photo : Dilemme®

Changer la finance pour lui donner plus de sens

Mais comme si relever tous ces défis ne suffisait pas, Crésus veut aller plus loin. Ce dynamisme est porté par le président de l’organisme qui est un homme charismatique, plein d’énergie et d’enthousiasme. Et surtout très au courant des innovations numériques.

Je l’ai écouté avec grande attention m’exposer leur projet de création d’un PFM (Personal Finance Manager) qui prendra la forme d’un agrégateur de comptes pour facilement calculer le reste à vivre. Des conseils aideront à éviter les situations économiques difficiles. Il me semble que cela se base sur leur concept du BGV (Budget Grande Vitesse) qui est disponible depuis 3 ans sous la forme d’un guide en version papier et numérique. Si vous voulez en savoir davantage sur cette application, je vous invite à parcourir cet article de l’Alsace.fr.

Entre parenthèses, cette initiative contraste avec celle de BNP Personal Finance (Cetelem) qui va lancer en 2018 une application gérant les crédits, mais aussi… les abonnements. À coup de partenariats avec des marques de pneus, de smartphones et d’électroménager pour nous pousser sans cesse à renouveler les appareils qui nous entourent. Parenthèse refermée.

Jean-Louis m’a ensuite évoqué la création d’un data center et l’installation prochaine d’un interlocuteur de la Nef dans leurs locaux. Pour rappel, la Nef est une coopérative financière qui offre des solutions d’épargne et de crédit orientées vers des projets ayant une utilité sociale, écologique et/ou culturelle.

Et pour finir, il y aurait dans les tiroirs de Crésus une collaboration à venir avec JP Morgan pour transposer leur activité en Angleterre. Chapeau et cocorico ! L’idée est de favoriser une collaboration saine avec les banques. Selon Jean-Louis Kiehl, “il faut faire le combat avec les banques, pas contre elles. De toute façon on a pas le choix.

Et Gérald d’ajouter “qu’il faut arrêter quelque part avec cette diabolisation à outrance. Derrière les banques, il y a des milliers d’employés qui ne demandent qu’à retrouver davantage de sens dans leurs actions quotidiennes. Certains souffrent de passer pour des vampires qui sortent de leurs cercueils tous les matins pour aller sucer les gens.

Crésus, c’est finalement un très bel exemple de réussite française dans le domaine de l’ESS (l’Économie Sociale et Solidaire) et de la Finance Responsable. J’adhère complètement à leurs valeurs et je remercie chaleureusement Jean-Louis et Gérald pour leur accueil et leur pédagogie.

 

Pour aller un peu plus loin, je vous recommande de visionner le replay d’une émission d’Arte : “Morts à crédits”, réalisée par Frédéric Castaignède.

On y apprend notamment qu’en Europe, nous ne sommes pas les moins bien lotis : une grande partie de la population au Danemark et en Finlande est dans une situation catastrophique à cause d’un certain type de prêts, indexés sur l’inflation. Dans ces pays scandinaves, on retrouve également un manque d’éducation financière. En Finlande, une activité se développe beaucoup, celle des “consultants en dette” qui facturent les clients en difficulté pour les aider à assainir leurs finances.

Il existe en revanche des initiatives de partage au niveau européen des bonnes pratiques d’accompagnement des populations pour les aider à gagner en autonomie.

En France, même si la loi Lagarde a été votée en 2010, apparement elle n’est pas toujours respectée. Notamment dans certains magasins où l’on propose de payer en 5 fois sans frais mais sous l’obligation de prendre une carte de fidélité à laquelle est adossée un crédit renouvelable.

Pourtant, selon les dernières enquêtes de la Banque de France, la cause de surendettement qui est en augmentation c’est la précarité, pas uniquement les comportements de consommation irresponsables. Et une personne dans l’émission de résumer : “quand on est dans la galère et que l’on a trop recours aux crédit, ce n’est pas forcément pour se payer le dernier Iphone.

Crésus avait la volonté de créer un fichier central national des personnes pour connaître les informations concernant leurs crédits. Cela permettrait aux vendeurs et/ou conseillers bancaires de mettre en garde les personnes en situation difficile. Mais ce n’est pas passé dans les dernières lois. Des banques ne souhaitent pas partager certaines informations. Alors que cela permettrait de développer le crédit, de manière plus responsable, de façon saine.

Car comme le dit si bien Jean-Louis Khiel : “L’objectif est de supprimer les excès et d’améliorer l’accès. Il faut éduquer des 2 côtés, il faut libérer le crédit car il est aussi une source d’épanouissement.

L’argent ne fait pas le blogueur. 😅 Passionné d’innovation, notamment dans les startups fintechs et l’épargne durable, Stéphane est conseiller en finance responsable 🌍⚖💰, trader indépendant 📈 et entrepreneur 🚀. Sa mission ? Redonner du sens à la finance.

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