27 juillet 2017 Stéphane Chotard 0Comment Temps de lecture : 4 minutes

La communauté Bitcoin est en pleine ébulition. Le 1er aout prochain est une date clé pour la plus célèbre des cryptomonnaies. Car il faut prendre d’importantes décisions, et cela risque de faire mal. Voici pourquoi.

Quel est le problème actuel du Bitcoin ?

Des personnes sont actuellement en conflit sur la manière de résoudre certains problèmes qui surviennent naturellement dans la vie de toute cryptomonnaie.

Il y a d’un côté la communauté de développeurs qui gèrent le logiciel open source pour le Bitcoin. De l’autre, se trouvent les “mineurs”, ceux qui déploient le réseau d’ordinateurs nécessaires pour faire tourner le réseau Bitcoin, la blockchain. Les 2 groupes sont indisociables, l’un ne peut fonctionner sans l’autre.

Vous pensez sûrement au Bitcoin comme une monnaie virtuelle utilisable pour effectuer des achats en ligne. C’est techniquement vrai. Mais en fait, c’est bien plus qu’une simple alternative de paiement.

Pour la simple et bonne raison que le système de fonctionnement du Bitcoin est cher et lent. Quand le réseau Visa de nos fidèles CB traite 1600 transactions par secondes, le réseau Bitcoin n’en gère que 6 … Le seul moyen de rendre le Bitcoin utile pour le plus grand nombre en tant que monnaie d’échange, c’est en améliorant son réseau pour qu’il soit plus rapide et pratique. Sinon le Bitcoin ne restera qu’un instrument de stockage de valeur.

Pourquoi le réseau Bitcoin est si lent ?

Le réseau du Bitcoin est construit sur une blockchain. Si vous ne savez pas encore trop ce qu’est une blockchain, pas de stress. Vous pouvez lire mon article qui en explique tout les rouages. Pour faire simple, pensez à la blockchain comme un grand registre avec plein de pages (des blocs) qui contiennent des transactions. Chaque bloc contenant des transactions doit être ajouté au registre (la chaine) avant de commencer l’enregistrement de transactions sur un nouveau bloc. Avant que chaque bloc ne soit rajouté à la chaine, il faut compter 10 minutes environ de vérification.

Quand vous réalisez une transaction en Bitcoin, elle contient différentes informations concernant :

  • l’expediteur
  • le destinataire
  • le montant
  • les frais de transaction

Les frais servent à rémunérer les “mineurs” qui font tourner le réseau. Le montant de ces frais est librement fixé par l’expéditeur et incitera les mineurs à inclure la transaction dans le prochain bloc plus ou moins vite.

À n’importe quel moment de la journée, il y a environ 10 000 transactions en attente de confirmation d’écriture sur le bloc en cours. Et pour l’instant, ce n’est qu’une petite partie de la population mondiale qui utilise le bitcoin.

Les mineurs doivent décider quelles transactions en attente inclure dans le bloc en cours de rattachement à la chaine. Ils regardent alors les frais de transaction les plus élevés et incluent ces transactions en premier.

Du coup, le Bitcoin est devenu lent et cher à utiliser, pas vraiment ce que l’on attendrait d’une monnaie de l’internet. C’est ce qui a poussé un certain nombre de personnes à se demander comment il était possible d’améliorer l’efficacité du réseau bitcoin. Et c’est là que ça coince entre les 2 grands groupes décrits avant : les “devs” et les “mineurs”. Les premiers sont du côté des utilisateurs tandis que les autres, et bien … de leur propre côté. Revoyons ensemble les 2 solutions qu’ils proposent.

Une solution favorable aux utilisateurs du Bitcoin

Cette première solution, dite “douce” comporte des petits noms de code tels que SegWit, BIP 148 ou UASF (User Activated Soft Fork).

Elle consiste à améliorer l’efficacité des blocs. Chaque bloc peut contenir au maximum 1MB de données. La majeure partie de ces données n’est pas essentielle au fonctionnement du bloc. En plus de l’expediteur, du destinataire et du montant de la transaction, un bloc contient également une donnée appellée “signature”, ou “witness” en anglais. L’idée ici est de déplacer cette donnée à la fin du bloc dans une structure séparée. Ce qui ne la rendrait pas obligatoirement intégrable à la chaine. Ce qui augmenterait le nombre de transactions traitables dans chaque bloc.

De plus, cette nouvelle façon de structurer les blocs permetrait la mise en place du “Lightning Network”. Cela autoriserait le traitement instantané et sans frais des micropaiements (comme l’achat d’une pinte en terrasse). (PS: si je vous ai donné soif, abreuvez vous de mon article sur la bière en bourse 😁 )

L’argument principal contre cette solution est qu’elle représente une réparation temporaire. Un bricolage rapide qui n’empechera pas la nécessité un jour ou l’autre de faire un “hard fork“. C’est ce que préconise le deuxième groupe, constitué des mineurs. Mais une minute, vous savez vraiment ce que c’est un “fork” ?

Le mot anglais fork veut dire fourche, ou embranchement. En informatique, il désigne la création d’un nouveau logiciel à partir du code source d’un logiciel existant. Les 2 versions peuvent, suite à la séparation, poursuivre leur évolution propre. Dans le cas d’une cryptomonnaie, un fork désigne une modification des règles qui la régissent. On parle de “soft fork” et de “hard fork” en fonction de l’importance des modifications souhaitées et du nombre de personnes qui adopte les modifications.

Une solution favorable aux mineurs de Bitcoin

Leur proposition est la suivante : implémenter le SegWit (comme voulu par les défenseurs du Soft Fork) mais en plus doubler la taille des blocs. D’où le nom SegWit 2x, ou également MASF (Miner Activated Soft Fork) ou BIP91.

On pourrait croire que cette solution est meilleure, que le réseau irait encore plus vite. Le problème c’est que si cette solution est implémentée, tout les mineurs du réseau devront mettre à jour leur hardware et software. Et il n’y aura pas de rétrocompatiblité. Ceux qui ne se mettront pas à jour seront bannis du réseau. D’où le nom de “Hard Fork”.

Etant donné que cela coute cher de s’acheter le matériel nécessaire pour miner de manière profitable, on pourrait assister à une concentration du réseau au main de quelques grands mineurs. Cela viendrait à l’encontre même du principe fondateur du Bitcoin, à savoir la décentralisation des échanges. C’est à dire que le réseau devrait à la fois appartenir à tout le monde et à personne. Vous suivez ?

Même si les nouveaux blocs deviennent plus gros, il y aura encore des mineurs qui traiteront les petits blocs. Cela divisera la blockchain en 2 blockchains distinctes. Et le Bitcoin aura également 2 versions : une dite classique avec l’ancienne version de blocs et une version dite courante avec les nouveaux blocs. Ces 2 cryptomonnaies provenant de la même racine auront des quantités, des valeurs et des degrés d’adoption différents.

Que va t-il arriver à vos Bitcoins ?

Cela va dépendre de l’endroit où vous les stockez. Si c’est sur votre ordinateur, vous pourrez les dépenser 2 fois, une fois sur chaque blockchain. Par contre si vous les stockez dans un wallet, il faut s’en remettre au destin. Car chaque plateforme de wallet prendra sa décision sur comment procéder lors du fork. Soit elle migrera arbitrairement vos Bitcoins sur l’une des blockchains, soit elle vous laissera le choix.

Ce que je peux vous conseiller, c’est de n’effectuer aucune transaction quelques jours avant et après le 1er Aout 2017. Car il y a des risques que ces transactions se perdent dans la nature et ne soient enregistrées sur aucune blockchain. Il est très difficile de donner aujourd’hui un pronostic sur ce qui va réellement se passer le 1er aout prochain. Alors restons à l’affut d’informations pertinentes. Si vous en avez, n’hésitez pas à commenter en bas de l’article ou sur les réseaux. Et promis, d’autres articles sur les cryptos sont en chemin pour que vous y voyez encore plus clair.

 

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